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4/10/2006 | |
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Il y a un peuple qui se fait étrangler et personne ne bouge. Et moi, je réapprends à parler. Je suis de retour. Je n’ai pas été fouillé à l’aéroport. La routine s’installe. Le bruit des balles s’oublie. L’odeur de poudre ne recouvre plus rien, la poussière est restée là-bas. Je ne veux pas oublier. Ce qui est embêtant de revenir, c’est qu'eux restent là-bas. C’est qu’il y a des visages à mettre sur les nouvelles télévisées. Des personnes à qui parler quand ça va mal. Et l’on ne peut plus rester indifférent. Les Palestiniens ont pris mes rêves pour maquis. L’injustice, la douleur me sont resté entre les dents. Le virus des colonies qui contaminent tout, contamine aussi la saveur de mes plats, l’odeur de mes joies. Et la profondeur de mes nuits. Je ne dors jamais plus de 4 heures, depuis. Ces colonies ne donnent aucune chance au rêve de pays. Le droit de fait impose l’occupation. Ils bouffent de la terre vivante. Et moi, je reste dans ma vie micro-onde, à me lamenter sur le tapis volé de mes amours troués. Un soir d’hôtel bon marché, je me suis surpris à compter les jours et à me dire, soulagé, il ne me reste qu’une semaine. Ensuite, chez-moi. Et j’ai eu honte. 4 générations ou plus. À se dire : jamais je ne serai chez moi.
Si j’étais palestinien, je serais enragé. Je serais la bombe. J’aurais des explosifs comme vocabulaire, pas des poèmes ou des mots jolies qui augmentent le goût de mes olives martini. On boit les olives de nos victoires, ils subissent tous les jours l’immensité des oliviers décapités. Et l’on avale le martini en leurs crachant le noyau dessus. On essaye d’oublier. De retrouver le sommeil. De dormir plus de 4 heures de suite. Ils ne dorment plus depuis leur départ. Depuis al-Nakba, la grande catastrophe. Catastrophe en hébreu, ça se dit Shoah. Je dors 4 heures. Une par génération. Et l’impossibilité de trouver la vie belle, ils me l’ont refilé. Comme un colis piégé. L’impossibilité. J’ai besoin de dire, de pleurer, mais tout le monde est trop occupé. Mon voyage a fait de ma vie un territoire occupé. Et lorsque j’en parle, la Mer Morte veut me sortir des yeux. Le café est toujours amer. Si j’étais Palestinien, je m’habillerais d’explosifs, je le sais. De ma bouche sortiraient des balles. Je n’ai pas appris à baisser les yeux, à courber le dos et à sourire aux soldats. Je n’ai pas appris à refouler l’humiliation. À supporter la haine. À ravaler les noyaux quand les autres mastiquent mes olives. Je n’ai pas 4 générations de colère à m’apprendre à taire mon visage, à relâcher les points, et à regarder ailleurs. Je n’ai pas l’occupation d’écrite au fer rouge dans mon code génétique. J’ai la révolte de celui qui a toujours pu l’exprimer. De celui qui peut oublier. Je ne veux pas oublier.
Mes journaux le matin sont une réelle plaie. Je veux les lires en sachant les prénoms des chiffres et des statistiques, en sachant la saveur des plats qui font des nouvelles autre chose que de l’encre qui tache les doigts. Qui donne à la vie son humanité. J’ai le cerveau taché. Et le cœur pleins d’encre d’affiche. Mon sang bleu a séché au soleil. 4 heures de sommeil, une par génération. Une semaine et puis je rentre chez-moi. L’oublie va s’installer, le bleu des affiches va coaguler et mon cœur va se refermer. Qu’est ce que je fais maintenant ? Avec tout ça ? Avec ces gens, leurs histoires qui ont toutes le même épuisement ? Ils me les ont donnés, ils les ont mis sur mes épaules, le poids est lourd, je ne suis pas un journaliste, je suis une éponge, une putain, un artiste. J’ai le noyau de leur vie coincée dans la gorge. Qu’est-ce que je fais ? J’écris des phrases ? Des bons spectacles ? Et je rentre chez moi ? Je reçois des applaudissements ? Le cheque et le contrat ? J’ai un contrat avec eux. Avec ces gens. Je suis un pseudonyme. Je suis seul avec le poids des mots qu’ils m’ont donné, je l’ai passé aux frontières, je n’ai rien à déclarer. De la révolte des pierres, je dois me construire une maison.
Je suis seul avec le sentiment d’avoir vu des gens manquer d’air et d’avoir continuer mon chemin. Je suis coupable de non-assistance. Je continue mon chemin. J’aimerais ne pas écrire, plonger dans les piscines creusées, regarder ailleurs et me boucher le nez. Mais mes souvenirs me regardent. Ils sont là, de l’autre côté de ma télé. Nadia, Ayman, Ahmed, Saïd, Nabila… Se taire, c’est mentir. Oublier, c’est mourir. Faire semblant, c’est ne jamais avoir existé. Mes mots sont mes pierres à moi. Mes olives. Les jours passent sans que la paix ne revienne, sans que l’humanité reprenne le dessus sur le brûlant des armes. Je parle de vous.
To
exist is to resist. To exist is to resist. To exist is to resist. Thank
You For Staying With Us
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