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16/11/2005 | |
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Je suis chez un voisin d’Abou Alaa. Dans le camp de Balata, Naplouse. Sa maison a été détruite. Celle de ses deux voisins aussi. Il me raconte.
Abou Alaa : Depuis 3 ans. Ils viennent tous les jours. Toutes les nuits. Surtout la nuit. J’ai 4 fils, 4 filles. Le plus petit à 14 ans, le plus grand, 28. Ils veulent l’arrêter. Alaa qu’il s’appelle. C’est un des Palestiniens les plus recherchés de la Cisjordanie, paraît-il. C’est vrai ? Je ne sais pas. Mais je sais qu’ils entrent. Mettent un couteau sous la gorge du plus petit. Sa mère crie. On ne bouge pas.
Un couteau sous la gorge du plus petit. 14 ans. Sa mère pleure. Ils l’empêchent d’intervenir. Reviennent le lendemain. 2h du matin.
3 ans qu’ils viennent. La nuit, le jour, pendant les repas. Surtout la nuit. Vers 2h du matin. Les rues du camp sont vides. Les gens ont peur. Reviennent. Réveillent les voisins. Cognent à la porte. Avec leurs crosses de fusil. Depuis 3 ans. La nuit, vers 2h du matin... Un jour, ils tirent dans le toit, ouvrent les matelas, défoncent la télé. Elle n’est pas coupable, la télé. Ils veulent qu’un père trahisse son fils. D’autres soldats. Jamais les mêmes. L’occupant a mille visages. Et nous avons peur. Ils veulent qu’un père trahisse son fils. Se trompent entre Ali et Alaa. Le battent. Le piétinent. Devant ma femme, sa mère qui crie, devant moi, son père qui ne sait plus rien, qui ne peut rien, qui meurt à l’intérieur. L’humiliation. Ils démolissent mon fils devant moi. Et le plus jeune qui a un couteau sous la gorge. Il ne me reste rien... Plus de boulot depuis longtemps, résolu à mendier à l’UNRWA du camp. Plus d’argent, ma femme regarde ailleurs quand je pleure, on ne sait plus quoi faire. Et maintenant je ne sais plus protéger ma famille... Et les voisins qui tremblent dans leurs maisons... Ils massacrent mon fils Ali. Se sont trompé. Ali ne sait rien. Ne fait rien. M’emmènent, encore en pyjama. Demain, peut-être dormirai-je tout habillé ? Demain, peut-être que je ne dormirai pas. Est-ce que je vais dormir cette nuit ? M’emmènent en pyjama. Me menace. « Demain, on démolit ta maison ». Ils veulent qu’un père vende son fils. Le jour, j’erre, la nuit, je tremble devant l’impuissance. « On va détruire ta maison. On va détruire ta maison ».
Puis un jour à 3 heures du matin, je ne dors pas. Des bruits... Une explosion... Je me dis qu’ils vont entrer. Les enfants dormaient. Plus maintenant. La routine de la peur. Cette fois-ci, de la poussière. Trop. Du gaz. Les soldats demandent si c’est la maison de Alaa. Ils ne sont pas sur de la maison. Le camp est immense. Les rues se ressemblent. La pauvreté aussi. Le visage de la misère rend les hommes jumeaux. Égaux. C’est la maison de qui ? Ne sont pas sûrs. Pourtant la porte est déjà explosée... Et la poussière...
Allez-y, qu’on en finisse. Démolissez-moi. Ils traînent ma femme de force. Les enfants se blottissent contre elle. Cris. Pleurs. Maman. 3 heures du matin. Elle tombe deux fois. « Allez chez le voisin. Allez dans le coin. Un mot et je tue ». Je sors les choses. L’essentiel. 15 minutes. Ma femme et les enfants ne sont pas chaussés. Le téléphone mobile sonne. Elle le prend. Ils lui arrachent. Ça raccroche. Ils recomposent. « Où est Alaa ? » Personne ne répond. « Nous allons le tuer ». Ils vont le tuer. Ils veulent qu’une mère trahisse son fils pour qu’ensuite ils le tuent. 15 minutes. 3h15. « Sortez. Nous démolissons. Dans une semaine, ton fils sera au cimetière ». Explosifs sur les colonnes. Ma femme prie. Elle ne pense pas à la maison, elle a peur pour son fils. « On accouche et ensuite, ils voudraient qu’on leur donne pour qu’ils le tuent ». Elle prie. Pour le petit. Alaa, 28 ans… C’est encore le petit pour elle. Pour eux, c’est un terroriste. Explosion. Notre maison est au sol. Celle du voisin aussi. Celle de l’autre voisin aussi. 3 maisons d’un coup, à 3h15 du matin. Les soldats disent à ma femme, c’est ok. C’est ok. Elle devient nerveuse. Elle crie. Depuis, on erre. 5 mois. Le 23 septembre. Après la démolition, elle voulait voir la maison. Être la première à la voir. Elle ne pleure pas.
Camp
balata: 2.5 Km. 17 000 habitants. 4684 familles, 75 % en bas de 5 ans.
1700 maisons.
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