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07/09/2005 | |
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On a mis un fusil à la tête d’une télé pour qu’elle dise ce qu’ils veulent. Certains aimeraient qu’elle dise des choses qu’elle ne dira jamais. Et si les mots pourraient faire trembler les hommes, faire chanter des chansons d’amour aux minarets ou décrocher les étoiles des drapeaux, la Mer Rouge pourrait enfin se refermer et la Mer Morte pourrait se taire, on écouterait les hommes. Les fumeurs de narguilés, les chauffeurs, les restaurateurs, et surtout les chômeurs. Ils en ont beaucoup à dire, les chômeurs. Ils connaissent l’autre. Ils travaillaient chez lui. Ils étaient dépendants. Le salaire en shekels. Mais maintenant que les check points sont fermés, ils se taisent et ne restent pas à la maison le jour. Ils ont hontes. Ils ne savent plus rapporter le pain sans levain. La table est vide. Ces hommes nous parleraient tous de la même chose, de la violence qui les fait se lever la nuit dans les prisons que sont devenues leurs villes et de l’immense peur qui les garde réveillée. La peur pour leurs enfants. La peur de demain. Des lendemains de leurs enfants. Ils nous diraient que l’espoir est ailleurs. Ailleurs. Chez les autres. Dans d’autres pays. Chez l’autre, l’occupant. L’employeur. Qu’eux ne peuvent plus, qu’ils n’en peuvent plus. Qu’ils savent que leurs enfants trouvent normal la douleur et l’humiliation. Le quotidien de la peur, des barbelés. Le jour à jour de l’occupation. Qu’ils acceptent n’importe quoi.
Leur vie est sans mode d’emploi. Elle est là la première catastrophe de l’occupation. Le manque de travail. Le génocide de l’estime, l’humiliation. Rien de photogénique. Rien de sensationnel. La douleur de l’anonymat et de l’inutilité. Les cœurs sont comprimés comme les camps. Et les yeux, petits. Ils n’ont jamais eu l’habitude de regarder au loin. Ni par la fenêtre, ni dans le temps, ni dans l’espoir. Ils dorment mal la nuit. Ils rasent les murs. Ils en ont même un immense qui les sépare de leurs champs, de leurs shekels. Ils sont tellement désespérés, ils ont tellement besoin de sentir qu’ils nourrissent leur famille que c’est eux qu’on engage pour construire le mur de leur prison. 8 mètres de haut, le mur. Voilà ce qu’ils voient de leurs fenêtres. Voilà ce qu’ils voient dans leurs cauchemars. Le mur qu’ils construisent eux-mêmes.
Tous les hommes ont une histoire à compter. Des années de prison, des enfants morts, des terres confisquées, des villages rasés, des parents humiliés. Après un moment, on dirait que c’est la même. C’est celle de ce pays. Celle qu’on n’entend pas à la télé. Elle a peur, la télé. Les soldats de l’occupant aussi ont peur. Il n’y a rien de plus dangereux qu’un soldat qui a peur. Les hommes se taisent. Ils attendent. Si on écoute bien, dans le silence, on entend leur terre, leurs camps, leurs champs. Ils me disent que la deuxième Intifada est terminée. Et qu’ils l’ont perdu. Et qu’avec la cicatrice de ciment qui les clôture, la rupture est définitive. Il n’y a plus de lien entre leur rêve et la faim. Entre leur mémoire et la mort. Entre leur terre et la visite des soldats la nuit. Il n’y a un lien qu’entre le goût des olives et celui trop connu du sang. Qu’entre l’espoir et la haine. Il y a si peu de différence entre paye et paix. Ils sont là. Et moi, j’ai des visages à mettre sur les noms. Sur la douleur. J’ai goûté l’olive de leurs jours occupés. J’en avale encore le noyau. Ils m’ont conté.
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