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13/10/2004 | |
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Les chiens ici ont l’errance des loups et la chaîne des civilisations. En boule dans le vent des souvenirs, le folklore des lanières de cuir, de la peau tannée des bélugas qui claquait. Les traîneaux qu’ils traînent sont remplis des bouteilles à la mer de l’ère nouvelle. Les chiens n’ont rien du tapis, ou de l’hystérie des eunuques domestiqués du sud. Ils ne sont pas domestiques. Ils ont les crocs fendus sur des os et du sang à lécher. Ils ne font pas le beau. Ils traînent derrière eux la mémoire d’un peuple déguisé en bête, aux yeux rieurs et à la peau fendue par le froid. Ils traïnent le visage de leurs maîtres, tatoué d’histoires que personne jamais n’aura écrites. Un peuple qui dégèle comme le pergélisol. Et si les gens mangent encore en cercle à terre sur le plancher en tuile blanche de la cuisine, s’ils mangent encore la chasse commune crue et congelée, en riant et en trempant sa joie dans l’huile, ils ont aussi les hommes errants sur le même prélart, la nuit trop tard, dans les cuisines à la dérive, à un continent blanc et un hiver de tout. Et le pré lard leur semble froid, et les murs, bas. Les hommes errent dans les cuisines en nomades sans territoire, cloué comme leur nouveau dieu. Les chiens errent au bout de leurs chaînes à un lancé de pierre de la préhistoire, oublié. Les derniers nomades sont en train de s’asseoir. Ils errent dans le village en 4 roues, ils errent dans les cuisines tard le soir quand le soleil ne se couche plus, ils errent à la recherche d’une migration, leur sang coule vers d’autres territoires, mais ils restent. Ils entendent l’appel, mais ne savent plus répondre. Ils tournent en rond. Ils errent en eux-mêmes n’ayant jamais eu l’envie de parler. Ils ont l’anonymat des alcooliques et l’errance des suicidés.
Les hommes ne mangent pas de chien. Ils mangent l’œil de la baleine, la moelle du caribou et la cervelle de l’oie, mais de chien, de mémoire d’homme, non. C’est un roi contesté, l’ami fouetté, détrôné, civilisé. C’est sa fourrure qui est la plus chaude. Tous les deux, l’homme et le chien sont dépaysés, expatriés dans l’immobilité. À l’époque du skidoo, le chien mange trop. À l’époque du pétrole, leurs peaux se trouent. Lorsqu’ils retroussent les babines, lorsqu’ils montrent leurs crocs aux employés de la baie d’Hudson, la saison de chasse s’ouvre. Le chasseur part sans son chien et c’est 20 $ la tête. 4 chiens pour une bouteille de vodka. AA
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