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25/08/2004 | |
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Roman
en construction, Chapitre 6 / 20ème partie. Les conserves
Les jours ont pas tous la même longueur, j’ai pas bien compris. Je sais que c’est à cause des saisons, à cause de l’hiver où le soleil est loin, les jours sont petits, on travaille moins, il y a pas beaucoup de client au motel. Aujourd’hui, ce n’est pas l’hiver, c’est une saison à part, une saison juste pour aujourd’hui, la journée a été bouffée par l’océan, elle ne finit jamais et personne a vu son fond. Le manche d’une vadrouille n’est pas un lit confortable surtout que moi, j’espère qu’il y a encore elle dans mon lit rond. J’ai jamais voulu rentrer me coucher autant. J’ai lavé les planchers, j’ai lavé les conserves, j’ai même lavé les pots sur la télévision. La télévision aussi je l’ai lavée. L’image est comme moi, elle ne parle pas depuis longtemps. Depuis tout le temps. L’image était jaune de saleté. Les pots aussi. Les pots, dedans, il y a des serpents. Ils font peur, les serpents. Leurs yeux sont blancs, leur bouche est ouverte, leur langue pend dans le liquide jaune et gras. Ils font peur. Mais je peux pas fermer les yeux, sinon je dors, alors je lave vite et je suis brave.
J’ai lavé aussi les conserves. Je comprends pas pourquoi il faut que je lave les conserves, mais je pose pas de question, j’en poserais pas même si je n’étais pas muet mais je suis muet et les coups que j’ai mangés derrière la tête aujourd’hui se découpent en deux, ceux qui étaient mouillés, les mains mouillées de la vieille, et ceux qui sont aussi fort, mais qui colle pas à mes cheveux blancs, les mains ridés à lui, le vieillard. Une fois, j’ai voulu rire, parce que les coups c’est comme tout, on s’habitue, mais lui, il a voulu me frapper derrière la tête avec son bras mou marécage, mais son bras mou qui pendouille, il y a une aiguille avec un tube et un pot avec du liquide bleu dedans et quand il m’a donné un coup, le tube s’est débranché, le liquide coulait en goutte bleue sur le plancher que je venais de laver, mais je compte pas. Et j’ai souri. Tout petit le sourire. Et toutes les conserves se sont écroulées sur moi. J’ai la peau plein de taches maintenant. Ça fait mal. Mais les conserves comme ça, toutes mélangées sur le plancher, ça rend le compte difficile alors j’en ai pris 4 autres et je les ais cachées. J’ai encore volé comme un oiseau. Moi, je sais voler. Je vole les conserves comme les mouettes volent le poisson à l’océan. Moi, j’aimerais que ma vie ne se passe pas dans une conserve que n’importe qui peut voler. Moi, j’aimerais grandir. Et j’aimerais que ma vie de conserve, elle s’arrête. Ou que ce soit moi qui la vole. Moi, je veux voler de mes propres ailes.
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