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21/07/2004 | |
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Roman
en construction, Chapitre 6 / 15ème partie. Minibar
Ça cogne à la porte. Ça me réveille. Implosion en plein front. J’ai la tête dans le minibar. Les idées carrés. Le front planté dans le tapis. Désolé. Out of order. Check out time way dépassé. Je suis rendu désagréable. Presque illisible. Never trust a junkie. Je dois partir d’ici, je ne me supporte même plus moi-même.
Ça cogne à la porte. Implosion dans ma tête. La porte s’ouvre. Un peu de vent. C’est bon. Paloma est là, rayonnante, en courbure et en béquilles. Elle n’a plus de bandages. Une robe moulante, blanche, presque transparente. Elle est jolie dans le cadre de la porte, appuyée sur ses deux béquilles chromées.
Ma chambre est une catastrophe naturelle, c’est la demeure de El Niño. Le minibar sur roulette est roulé au centre, vide, la porte est ouverte, il y a des vêtements partout, des mini-bouteilles cassées, le matelas est déshabillé, j’ai l’air d’une épave qui bave sur le tapis du plancher. À poil dans les cocktails collants à essayer de me lever. Le cor du roi est resté étampé sur mon visage, la marée haute arrive, j’ai le goût de vomir, les mains moites et un mal de mer infantile. Je suis blanc de sueur. Je suis un banc de poissons vidé. Elle me suit dans la toilette comme si elle était chez elle dans la bande de Gaza de ma chambre sans roi. Et quand je suis en train d’appeler Poséidon, la gueule ouverte pour décharger mes égouts et mon dégoût dans le grand téléphone blanc qu’est la cuve de ma toilette, elle continue. Paloma est une infirmière habituée à l’odeur de la déchéance.
Elle ne semble pas préoccupée par l’horreur sonore d’un homme qui se noie dans sa toilette, ni par l’odeur nauséabonde d’une perte de soi dans l’excès. Ni même par les carcasses de dauphins sèches prises dans le filet de mes draps. Elle a tassé la valise de médicament, elle s’est assise sur un coin du matelas miné, éclairée par la lumière qui sort de la chambre de bain et elle me parle.
Et moi qui réponds la morve au nez, la ligne de flottaison de l’alcool qui dépasse mes yeux et qui sort de mes paupières, comme si rien n’était…
Elle me passe une serviette et me regarde sans attendre que je me couvre. Je suis nu, malade, échoué sur les tuiles blanches et froides entre le mur et la cuve sale. Je sens le fond de chalutier.
Le voilier dans son cadre est un mégot prit par des vagues de 4 étages. Les cargos cadrés par ma fenêtre ont l’immobilité d’un point de fuite. Et en moi, la marée va et vient.
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