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09/06/2004 | |
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Roman
en construction, Chapitre 6 / 9ème partie. Flaked Light Tuna
Le motel est grand. Il est tard la nuit, je veux dormir, mais pas encore, je suis en mission. J’essaie d’être invisible, c’est facile pour moi, je suis tout petit, je ne parle pas, je suis tout blanc. Mais là, je me concentre, je veux être mieux, je veux être transparent. Je me faufile dans la réception, j’attrape la porte avant qu’elle guillotine mon invisibilité. Et je vais vers le restaurant. Dans le noir. Moi qui est tout blanc. Dans le silence, moi qui est muet. Si on mange un sandwich aux sardines avec la sauce aux tomates et les épices, si on mange un sandwich sur un des quais, en territoire neutre, devant la mer, les mouettes s’attardent autour, font des vols planés et s’approchent subtilement en criant. Si t’es pas habile pour manger ton sandwich et que la tomate te coule au menton et que tu t’essuies sans y penser en regardant le soleil se faire manger avec les arêtes par la mer, si tu fais pas attention, une mouette pilote passe comme un bombardier et hop ton sandwich part faire un tour dans les nuages sans toi. Comme s’il était mort, mais ça meurt pas les sandwichs. Les vieux dégueulasses non plus, on dirait. Commence alors un combat aérien fabuleux, les mouettes se poursuivent, tu vois le pain se faire arracher par un autre bec, une mouette attraper au vol un morceau de sardine, looping, et le manger, une autre arrache l’autre tranche de pain, tonneau, vrille vers les vagues, aérodynamisme, vol en rase motte, virage serré, pic vers le ciel, et vlan, le silence, plus rien à bouffer, tu reste là sur le quai avec ton ventre creux. Tu restes comme un coquillage vide même pas beau.
Penser aux mouettes me donne des ailes. J’avance dans le restaurant. En silence. Invisible. Je suis une plume transparente, on va dire. Heaven. Je sais pas ce que ça veut dire, Heaven. Je vole jusqu’au hangar, et elles sont-là. Les conserves de thon. Ma mission. Sans driftnet, gentille avec les dauphins, les conserves de thon. C’est beau un dauphin, je crois. Elles sont bien, les conserves. J’en mets 4 sous mon chandail, et je fais semblant d’être un pélican. Des fois, les pélicans viennent en famille, devant le motel, un derrière l’autre, au raz les vagues, c’est des gros oiseaux avec une poche au menton pour voler. C’est beau les pélicans, un derrière l’autre, au raz la mer, occupés à voler la bouffe. Bons pêcheurs, les pélicans. Moi aussi je vole, je suis un oiseau. Je vole du poisson pour donner à la perle en rond dans mon lit. Elle va avoir faim. Elle est toute jolie, en rond, endormie dans mon lit. Personne ne m’a vu. Je disparais. La porte guillotine décapite le silence, merde, les vieux, ça dort pas. Mais ils ont pas des bonnes oreilles. Je cours, je traverse l’autoroute et je me cache dans le verger. Je suis en mission. Camouflé.
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