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07/04/2004 | |
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Roman
en construction, Chapitre 5 / 13ème partie. L’horizon
Maria Magdalena est là, en boule au milieu du lit rond. Elle s’est réveillée face à la mer qui la berce par la fenêtre. Elle se sent vidée, mais mieux. Reposée. Les yeux gonflés par les perles lacrymales. Elle se sent
mieux. Au loin, l’horizon. Long, tranchant, hypnotisant. Taché d’immenses tortues de métal rouillées, cargo ships enchaînés à des ancres autoritaires et mesquines. Sillonnés des dauphins que sont les voiliers libres avec leurs ailerons de toile, horny sailboats sans cadre.
L’horizon est un shaman linéaire, un medicine man moderne et discret. L’horizon. Une ligne qui ouvre le cœur et qui y glisse l’espoir. Le goût de vivre. Medicine man. Plus il est loin, plus il guérit. Entre la mer et le ciel, comme le goût de vivre, entre les hommes et les dieux. L’horizon qui agrandit la fente des yeux et qui donne le courage d’épouser les nuages. Quand on le regarde, la vision devient réellement périphérique, le regard devient clément autant envers les autres qu’envers nous. On voit alors la grandeur du monde et l’ampleur de la vie. On y voit un point de fuite qui nous dit que nos existences peuvent être humblement sans limites. L’horizon, comme un point de fuite. Comme une sortie de secours au ressac, aux statistiques, à l’envie de la noyade dans une bouteille, dans une seringue, dans une boîte de pilule, dans un bain rouge. Une sortie de secours aux bains rouges. Et les vagues applaudissent.
L’océan est une pilule puissante lorsqu’on se sent seul. Les mouettes savent les refrains des comptines de nos enfances. Elles savent chanter les berceuses qui endorment les idées noires. Les mouettes sont un succédané au ressac. Méthadone pour les junkies du suicide sous toutes ses formes. Les mouettes peuvent nous apprendre à jouer. Leur vol ludique a le parfum des jeunesses éternelles. Et les châteaux de sable sont les seuls qui méritent d’être défendu. Et les vagues applaudissent. L’horizon ouvre le cœur et y laisse le goût du sel et des fruits de mer. Le goût de la vie. Et les vagues applaudissent. Lorsque les idées noires ont les colimaçons des coquillages brisés et qu’on coule parce que le cœur est une pierre lourde, alors vaut mieux tout vendre, tout lâcher et aller se baigner. Mettre de l’eau salé sous nos paupières. Mettre le goût du sel sur notre sexe. Donner au vent la chance de nous apprendre à rire, donner à l’horizon la tâche de fendre, de faire de la place pour qu’on puisse aimer. Et laisser les vagues applaudir l’exploit d’être qui nous sommes et de passer au travers une nouvelle journée. Tout lâcher et aller se baigner. Swimming ovation. Wendy est allée se baigner. Pendant qu’un homme épave faisait des révolutions dans les vagues. Elle a sorti son costume d’infirmière sexy, de phantasme calme et elle a amené le grand brûlé dans sa chambre pour le soigner. Elle connaît le langage des méduses, Wendy. Maria-Magdalena, elle, elle s’est rendormie. La brume en a profité pour avaler une nouvelle fois la journée, pour revenir et bouffer la plage et la tristesse des crabes endormis dans les chambres. Le banc de méduses s’épuisait sur la rive douloureuse du motel. Et les cargos avaient retrouvé leur insensibilité.
Everywhere
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