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04/02/2004 | |
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Roman
en construction, Chapitre 5 / 6ème partie. Les tuiles blanches
L’eau qui coule sur son corps givré. La mâchoire contractée, les muscles du coup tirés à bloc, le jet de la douche fait du bien. Il se berce sous l’eau. La porte qui s’ouvre, je suis dans la douche, amène-moi de quoi boire, j’ai soif honey. Sterilizedsafeforuse Le rideau qui s’ouvre brusquement, un coup de poing dans le nez vient casser le ciment en poudre. Le rouge du sang qui coule, dilué, sur son ventre, entre ses jambes, par le drain. Du sang clair. Dans le savon. Sur le blanc des tuiles. Le pied qui glisse. Le front qui fend. L’eau rouge. La peur. Dans un coin. Nu. Devant lui, deux gars qu’il ne faut pas rencontrer. Les montagnes dures des règlements de comptes. La course a été longue. De motel en motel comme un collier volé. Comme une chaîne pyramidale. Comme un chef merdeux qui retrouve une brebis égarée. Comme le sang de tuiles en tuiles. Tout est trop blanc. Naked fear on wet white tiles.
Ils le lancent sur le lit d’eau comme un cadavre dans le ciment. Un drap dans la bouche.
Un coup dans le ventre. Les larmes qui sortent des yeux. La bouche bouchée par le drap goûte le vomi. Un autre coup. N’importe où. L’œil qui veut virer. La fille du film qui crie. Les yeux de Bullfight, gros comme des télés. Il est nu dans des draps mouillés et ne manque rien dans le miroir du plafond. Ni le blanc de son regard. Ni le sang qui lui coule du nez. Ni sa difficulté de respirer.
Bien immobilisé, le pénis débandé. Commentaire lubrique et routinier des routiers. L’image d’un homme désespéré sur le lit en cœur où il vient de pornographier, c’est lui, ça.
Il veut parler. Mais le drap bouche les mots et goutte le sang mouillé. Il veut pointer les valises pleines de papier. Mais ils sont assis sur ses bras de poule mouillée. Le plus petit sort un couteau de pèche.
Il prend son couteau l’appuie fermement sur la phalange du marié et coupe l’os sous le jonc. Clac. Le sang coule. Le doigt tombe à terre. Le jonc roule sous le lit d’eau en forme de cœur. La douleur. Un taureau dans un cerveau qui voit rouge. Il s’évanouit dans le miroir comme dans le lit. Nu. Ensanglanté. Un doigt rouge sur les tuiles blanches. La télé qui gémit. Un doigt seul qui pointe les valises. Un jonc qui roule sur lui-même. Puis qui se couche dans la poussière. Sous le lit. Les bras éteignent la télé en sortant. Bull’s-eye. Next week, next finger. 14 carats. Press hard. Screaming cars laughing. 4 fingers, no more ring. No more ring. Une grosse auto crispe des pneus et décolle en riant. Silence inconscient.
Une chambre immobile. Bull’s-eye. Bull’s-eye. Un homme nu sur un lit en cœur velours rouge. Bull’s-eye. Draps blancs mouillés entortillés. Comme des algues dans l’odeur salée de la plage. Bull’s-eye. Draps blancs, roses, du sang, de l’eau et même des bulles de savons. Un homme nu perd son sang et personne n’est triste. Silence inconscient, pénombre. Le vide fait mal. La mort qui rode. Le silence qui a l’odeur de l’humidité. Le jonc bidon qui ne sert à rien, dans la poussière.
Silence inconscient.
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