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29/10/2003 | |
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Roman
en construction, Chapitre 4 / 5ème partie Les pâtés à la mer
Tout au bout du motel se trouve la chambre de Saül. On est parti à sa recherche, Kaïn et moi. J’avais encore le souvenir de la mouette morte qui persistait, indélébile. Des plumes fantômes. On a suivi le tapis simili gazon vert qui nous a fait passer devant le hamac occupé. Le thermos fumait. Le hamac ronflait.
Un papillon montait la garde. Un peu plus loin, devant une des chambres, j’ai vu pleins de coquerelles sortir d'en dessous de la porte. Décidément, la journée était insectivore. Tout le monde avait le goût de ramper. Le bout du motel était encerclé par des mouettes. Et plus on avançait, plus elles passaient proches. Plus elles criaient. On est arrivé devant la chambre du petit. La porte était ouverte. Les fenêtres aussi. Et pleins de mouettes se sont envolés à notre arrivé. Ça sentait la mer. Les algues. Et, en dessous, comme un contre courant, une odeur d’urine et de vomi. Ça m’a levé le cœur. Ça m’a brisé le cœur.
Saül s’est réveillé. Il a eu peur, puis, il a eu le mal de mer. Il a voulu vomir, mais je crois qu’il ne restait plus rien. On est resté en silence, lui, à garder le cap, Kaïn dans le cadre de porte, la face beurrée, moi inutile. Le silence a rassuré Saül. Il m’a pris la main. Ou c’est moi, je ne sais plus. On a attendu un peu. Puis, Saül s’est levé. Il tanguait. Il avait peur, ça se voyait. On est sorti de la chambre. Il se lavait, se changeait. Puis elle est arrivé. Comme un fossile carbone 14. La vieille de la réception. Encore elle. On a bloqué la porte. Kaïn a été rapide, il l’a intercepté.
Et Kaïn l’a pris par le bras, et ils sont partis. Habile, le garagiste. Il y avait juste un peu trop de mélancolie quand il a parlé des calmars. C’est vrai que c’est bon les calmars. J’espérais que l’Alzheimer allait blanchir les souvenirs de la vieille. Mais j’en doutais. Ces maladies attaquent surtout le bonheur. La haine reste. Puis Saül est sorti de sa chambre. Il m’a pris par la main. Il avait les cheveux comme des plumes fantômes. Et toute la tristesse du monde dans chaque pas. Il sentait l’urine, encore. Je suis allé manger du pâté à la mer. C’est bon, les calmars. Même s’ils ont été cuits dans de la hargne. Vraiment, c’est bon, les calmars.
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