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EDENS
MOTEL
NO
TRESPASSING
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Roman
en construction,
Speed limit 50 m/h
2ème
partie / Chapitre 2
Les chaises longues
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Un
prix nobel pour les déjeuners continentaux.
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On s’est
mis à boire, Kaïn et moi. Après les deux œufs tournés,
les petites tranches de tomates, les petites patates épicés,
les cafés et le jus d’orange contre l’orage de ma presque
noyade. Les déjeuners de restaurants d’autoroutes ont le réconfort
des enfances heureuses. Ce sont des détails comme ça qui tiennent
l’univers ensemble. Ensuite, après que l’ultra vieille
dame ait ôté la bouée de sauvetage graisseuse de la
table, Kaïn et moi, on s’est installé sur des chaises
longues devant sa chambre. Et on s’est rapidement mis à boire.
Faute du ressac, il y avait l’alcool. Moins définitif. Il s’est
fait un drink post moderne, mélange de Prestone et de rhum blanc,
et moi, je suis tombé au fond de la bouteille de mescal, peu à
peu. Ma peau salée s’est collée au pétrole raffiné
des tresses en plastique multicolore de la chaise longue. Et il a continué.
Il parlait lentement, tendrement. Et quand ça semblait difficile
à avaler, il faisait passer le tout de son liquide bleu néon.
Il se resservait dans une pause faite de silence délicat. Il me resservait
de ses mains pleines de bagues avec la complicité des compagnons
de cellules. Dès fois, il me parlait du ressac et je lui contais
brièvement un peu de mon vide. Il semblait comprendre. Tout ce qu’il
disait, la manière qu’il faisait les choses, qu’il me
resservait, tout étalait une sensibilité tellement anachronique
avec son apparence qu’on aurait juré qu’il avait été
postsynchronisé. Qu’un autre acteur doublait sa voie, ses paroles.
Je lui ai dit, le plus doucement possible. Il m’a dit que c’était
pour correspondre à la face du gars sur l’affiche Wanted Dead
or Alive qu’il voyait lorsqu’il fermait les yeux. Il s’en
voulait. Saül est apparut assis à côté de nous,
le regard noir et blanc dans les pétroliers, les pieds dans le sable.
Les mains dans le sable. Assis à côté de nous comme
une mouette à qui on donne du pain. Son histoire fini, Kaïn
s’est tu. Son regard à plonger lui aussi dans les pétroliers.
Et je me suis endormi encore une fois, sur le plastique collant pétrole
raffiné, tressé et multicolore de la chaise longue. L’alcool
aidant, avec un zeste de soleil. Je n’avais pas pris de médicaments
de la journée. J’ai dormi sans rêves. Juste avec le bruit
du sable qui coulait sur le sablier des pieds blancs, gênés
et muets de Saül. J’ai fais des rêves albinos.

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