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11/12/2002 | |
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Roman
en construction, 1er partie / Chapitre 7 Le stationnement.
Je nétais quune équation chimique. Mais je me suis réveillé. Lorsque jai levé la tête en sursaut comme tous les matins, lorsque mes cheveux dressés ont quitté loreiller moite qui me tient lieu de tendresse, jai vu cadré TV par la fenêtre un squelette de baleine avec ses côtes blanches soleil, immenses, comme des gardes pour un immense cur desséché et disparu. Poussière redevenue poussière dans lil, une gigantesque carcasse comme un objet perdu, un coquillage sur la plage des dieux. Un regard par la fenêtre. Juste un. Et la tête qui retombe comme une bombe sur loreiller moite. Un regard lancé comme une bouteille à la mer. Une bouteille vide. Et la tête sur loreiller, les yeux ouvert, vers le plafond, à regarder lhélice tourner comme un hors bord. Les baleines, même mortes sont sympathiques. Je me redresse encore. Mais ce que jai pris pour un squelette, cest une carcasse dauto. De Cadillac, à vrai dire. Une décapotable dorée. Et très bon état la carcasse. Sans une trace de rouille. Huilée, chromée, mais découpée au rasoir. Plus de volant. Les roues brillante de propreté sur des bûches salées, blanchies par la marée. La carrosserie tranchée au compas. Décapoté. Comme une coupe de buf. Mais pas de baleine. Ni de plage. Juste le stationnement. Et un verger de lautre côté de lautoroute. Je me lève. Un jour peut-être je me sentirai reposé. Ma bouche a un goût de désinfectant dhôpital, ma langue semble être un chameau poilu endormi dans le désert. Je bois à même le robinet. Je me passe la tête au complet sous le robinet. Je sors ensuite ma pioche, mes lames, mon savon et mon blaireau. Le voilier se tient immobile dans son cadre. Immobile, romantique et imbécile. Mes pieds nus se traînent sur le cor du roi. Je vais me raser tranquillement, et ensuite, je vais aller me baigner. Je vais me planter les pieds dans le sable. Je vais avancer dans leau froide et salée, les pieds dans le sable. Puis, je vais plonger dans une vague froide. Lidée memballe. Ma lame fait des vagues avec la mousse. Et mon visage est une plage abandonnée. Une fois rasé, je repasse ma tête lourde sous leau froide. Puis jouvre la porte battante de ma petite chambre de motel, décidé à me lancer dans leau de la mer. Mais sur le perron, je surprends Saül en train de regarder par la fenêtre givrée. À son côté, une très jolie femme sursaute en me voyant. Elle me semble trop sexy pour que ce soit prudent. Elle me regarde avec un mélange de culpabilité et de sensualité. Elle respire lamour. Un tablier blanc encadre ses seins comme une carte postale de cumulus confortables et invitants. Je les ai surpris, les deux, timides et souriant, et ils me surprennent à leur tour, le regard prisonnier de son décolletée. Un moment dhésitation commun, un temps, comme de la drogue passée à la frontière, puis un sourire sincère. Ils partent en courant, en pouffant de rire. Un sourire sincère, comme un muscle endolori. Je manque damour. Lair sent bon la mer. Des palmiers sortent des cris des mouettes. Sur le perron dune des chambres avoisinantes, un homme regarde la mer, la main sur un Thermos fumant. Il se lève, va vers son hamac. Sy couche. Et se transforme en papillon.
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