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06/11/2002 | |
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Roman
en construction, 1er partie / Chapitre 2 La réception
Le motel était là et me regardait. Comme un dernier rest area avant le bout du monde, avant la fin de lautoroute. Fidèle à son affiche. Aussi rouillé et défraîchi quelle, aussi désolé. Blanc transparent, avec les mouettes comme un congrès. Partout les mouettes. Des petites cases peintes en blanc pour stationner les autos, avec des numéros peints en blanc dans les cases. Les cases en blancs, ça ma fait du bien. Comme de lordre dans les mouettes, dans le guano, comme une sécurité. Des numéros blancs peints avec le même blanc que la ligne qui sépare la route entre les deux mondes, entre le rêve et la réalité. La ligne quil faut suivre pour ne pas ségarer. Le motel sétalait sur le bord de locéan avec le soleil qui se vide de son sang. Entre le reste dautoroute et la bâtisse, une vieille pompe à essence avec un panneau de carton : DÉFECTUEUX. Et plus loin, la plage comme un couteau entre les hommes et les poissons. Les animaux sont des espions. Je me suis dis que tant qua échouer quelque part, aussi bien échouer ici. Le motel semblait lui-même comme une immense baleine blanche, échouée dans le cancer pollué de la plage, comme une planète de chair et de manque damour abandonnée. Et au loin, locéan. Locéan qui nous rappelle que les choses peuvent être grandioses. Avec les cargos et les pétroliers immenses et immobiles, prétentieux. Je me suis dirigé vers la porte moustiquaire de la réception. Elle a claqué comme une guillotine, mais les mouettes nont pas bronché. Locéan non plus dailleurs. Les cargos immenses et immobiles sont restés immenses et immobiles. La porte sest refermé comme une guillotine. Je mendormais debout. Le silence de la chaleur, lodeur de la fin de journée, tout ressemblait à un mirage. Les mouches qui volent un peu au ralenti. Le bruit de leurs ailes qui sarrête soudainement. Le silence. Le bruit dun réfrigérateur. Le bruit dun 18 roues qui passe dehors, qui coupe lair humide. Le silence qui revient. Et la mouche qui repart. Jai eu laffront de lancer un sourire ironique au vieillard derrière le comptoir. Le groom trop blanc a vu, lui. Jai même cru comprendre quil a vu les D.C.A. de mes paupières et les villages rasés que sont mes pellicules. Il ma sourit des yeux, comme sil avait compris. Comme sil avait trouvé une bouteille à la mer. Ça ma troublé. Ces yeux semblaient vous donner de ces cartes qui sont distribuées par les malentendants Je suis une personne malentendante si vous pouviez maider Comme si on était pas tous malentendant. Comme si on entendait les nouvelles télévisées pour la première fois et que leffroi frappait vraiment. Mais le groom a un regard trop fuyant, trop terrifié pour jamais récupérer ses cartes. Cest dailleurs à son honneur. Il est trop blanc dailleurs pour pouvoir se protéger. Il a vu, jen suis sûr les mines antipersonnel qui tic-tac derrière mes pupilles, et il ma retourné mon sourire comme un complice. Il ma lancé sa propre bouteille à la mer. Il semble vivre lui-même dans un champ miné. Jai banalisé avec le vieillard trop vieux pour être tout à fait mortel. Je ne réussissais pas à regarder ses yeux cataractes. Jétais fasciné par une aiguille qui entrait dans le pli fripé de son bras. Un tuyau reliait laiguille à une bouteille de soluté pleine dun liquide bleu poudre. Jai signé le livre de la réception qui sest refermé dans la poussière grasse. Sur une des tablettes derrière le vieillard, la même poussière graisseuse était en train de fossiliser 7 gros pots de marinades déposés à lenvers. 7 pots avec dans chacun deux un serpent mariné qui se mange la queue. Je me suis fais hypnotiser par les camions qui passaient derrière la vitre dans le soleil surexposé. Le formol jaune nicotine agissait comme un prisme et je voyais les 18 roues passer à lenvers dans les pots eux-mêmes à lenvers. Pourtant lautoroute aboutissait à un cul de sac ? Doù viennent ces 18 roues ? Et les mouettes qui semblent être les vrais propriétaires des lieux, qui volent à lenvers elles aussi, jaunies par la poussière et par le formol. Qui volent, qui se posent sur laffiche WELC ME, qui jouent avec le vent à lenvers dans le formol nicotine. Puis le vieux plus vieux que vieux a craqué ses mains, brisant ainsi le silence contagieux du groom blanc plus blanc que blanc.
Saül était aussi blanc quune feuille vierge. En plus dêtre muet, il est albinos, je me suis dis. Il se jouait dans les dents, le regard absent. Les yeux rouges laboratoire. Puis, il sest mis à sortir une petite plume blanche de sa bouche, tranquillement. Puis il a pris ma main, le regard de nouveau plein despoir et il ma guidé par la porte dentré. Elle sest refermée derrière nous comme un fouet desclavagiste. Mais sa main dans la mienne prenait toute la place, comme les cargos et les pétroliers qui remplissaient la baie de leur immobilité rouge sang soleil. Le soleil, qui se couche devant le motel, dans locéan comme un il crevé, un il qui saigne entre les immenses cargos immobiles. Et devant le motel, locéan et son ressac qui invite tout le monde même le soleil à venir se lover dans le confort marin de ses algues. Locéan. Avec les cargos immenses. Immobiles. Silencieux, eux aussi.
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