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30/10/2002 | |
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Roman
en construction, Chapitre 1 : Our Highway has a Dead end. Autoroute 2002 JCT 666
Parce que. Parce que la vie, ça ne peut pas être juste ça. Être enfermé dans sa piscine hors terre comme dans une boîte de conserve, regarder les nouvelles de la même manière quon regarde un plat se réchauffer dans un micro-onde, être en prison dans sa pelouse, bâillonné par les payements. Entendre le tic tac monotone dune bombe, pis remarquer que la bombe, cest les jours vides, les jours répétés, calqués, espérer ne pas exploser à grand coup de 12 dans un supermarché bondé. Attendre. Attendre. Avoir une télé dans le coude et un téléroman dans le nez. Commander lamour en appuyant sur une touche pour continuer, commander la mort en appuyant sur la détente pour arrêter, choisir la femme de sa vie dans un magazine porno et la commander en latex parce quon ne peut pas tout avoir dans la vie. La vie ne doit pas être une mise en attente. Le paradis ne doit pas être un fond de retraite, la liberté ne peut pas arriver à lheure du cancer, lespoir nest pas un numéro chanceux nul si découvert. Parce que lamour ne devrait pas être un virus iloveyou.com quon attrape en solitaire. Parce que la tendresse ne devrait pas être center-fold en papier glacé, parce que les contacts humains ne devraient pas attendre pour garder leur priorité dappel. Parce que javais de plus en plus besoin de fumer un joint et de prendre des pilules pour dormir. Hash et Somnonal, comme un cocktail fancy avec boucane, olive multicolore contact-c et Martini. Parce que je me levais plus fatigué que quand je métais couché médicamenté, parce que je me réveillais déçu, toujours plus déçu que la vie nai aucun rapport avec les rêves parce que jenviais le rapid eye movement, parce que je me réveillais vide, vide et seul. Parce que Dieu nest pas responsable des balles perdues et que les statistiques sont déjà hautes, plus haute que les ponts si invitant doù on se lance, parce que ma prescription ne pouvait pas être plus forte et que les pilules dans les contenants datés ne réussissaient plus à me sortir du lit, de la télé, parce que javais peur daffronter le petit déjeuner, parce que lenvie de faire un vol plané vers le pavé pour vivre quelque chose une fois pour tout dans les quelques secondes avant limpact négociait trop dure avec les raisons de faire semblant, parce que tout ça, je suis parti. Je suis parti. Javais beau me mettre des bas en fleurs, me saouler tous les soirs en utilisant des faux noms et des faux dollars, javais beau baiser les yeux fermés dans des lits naufragés, ça ny était pas. Je suis parti. Jai tout vendu, télé, bottin de téléphone, rêve de piscine, et idées de gazons, de RÉER, de plan de paiement prémâché et de drogues fortes. Je me suis acheté une auto, jai pris lautoroute vers une raison de me lever le matin. Avec rien dautre quune canne à pêche à la mouche, une valise de pilule, le Pet of the Year Play-off, et dautres stupéfiants. Tout ça dans le coffre noir et lourd de lauto usagé qui allait me servir darche de Noé. Le déluge se passe toujours derrière des yeux brouillés. Je suis parti essayer de vivre. De rencontrer la vie. Parce que la vie ça ne pouvait pas être juste ça. Et depuis, je roule. Je poursuis la ligne au centre de lautoroute secondaire qui mamène où elle veut. La ligne jaune, parfois droite, parfois double, parfois pointillée. Ça me fait du bien. Je fuis. Je regarde les arbres aussi. Heureux celui dont les rêves sont assez forts pour colorer leau des piscines qui nous tiennent lieu de vie. Heureux celui qui ne voit pas, qui ne se pose pas de question. Qui ne sait plus comment être touché par lencre rouge des journaux, par les rayons ultra violent qui émanent des nouveaux téléviseurs et des nouvelles télévisées. Heureux celui qui réussit à se sentir se réaliser. Moi, jai des pilules qui font le travail. Je ne veux pas accepter de prendre des médicaments pour trouver une raison de vivre. Parce que cest le retour de lère glacière, lAmérique sera complètement gelée dans quelques années. Alors depuis quelques jours, jerre entre les aiguilles des différents tableaux de bord de limmense carcasse de ferraille qui fait la norme ici en Amérique lorsquon parle dauto. Jai une grosse auto. Un immense cachalot noir sur roue. Les autos en Amériques ont laiguille du spidomètre dans le coude du chauffeur. Et la liberté ici nest peut-être quun excès de vitesse comme une publicité pornographique du moteur de lannée. Jerre en auto dans toutes les Amériques chaudes comme un road movie où il ne se passe rien. Depuis quelques jours déjà. Combien ? Je ne sais plus, mais mes yeux sont rouges amphétamines, et les cafés sentassent. Je ne dors pas. Je cherche. Je suis la ligne blanche. Le pavé coupé en deux. Lillusion et la réalité. La nuit comme le jour. La ligne blanche qui se pointille parfois, qui se dédouble à dautres moments, qui devient jaune, simple, qui sefface. La ligne blanche comme la mémoire. La mémoire. La ligne pointillée CUT HERE entre le rêve et le reste. La ligne que je poursuis pour basculer dans le monde du rêve. Je regarde les arbres peints en blancs sur le bord de lautoroute. Les arbres peint jusquà la taille comme une robe contre les insectes. Je les regarde et jimagine que cest des moulins à prière tibétains. Je les fais tourner, les arbres comme je ferais tourner les moulins entourés de Tibétains courbés, en récitant le mantra le plus puissant que ce nouveau millénaire ait récupéré. Cest pas dhier que lhomme cherche. Je regarde les arbres, je les fais tourner sur eux-mêmes en me disant ohm madne padme ohm vroum vroum vroum. Je ne suis plus très sur de savoir où je suis. Quelque part proche de la frontière Canada-Mexique. Sur une autoroute de service. Je crois avoir croisé une affiche Dead End plutôt aujourdhui. Ou hier ? Je ne sais plus, les médicaments me mélangent. Et mes nerfs chauffent et tirent, et la peau de mon visage me semble trop courte à certains moments. Dead End. Sur une autoroute. Sur le coup, ça ma semblé bizarre. Puis, jai accepté. La fin du monde est, elle aussi, un Dead End. Elle nest peut-être pas une chose à venir, une prophétie, cest peut-être une date de lhistoire, une chose du passé. Une balle de foin oublié au grenier, une balle perdue de plus. Une photo qui rougit de honte par le temps. Et les animaux sont les taxidermistes de lhumanité. Jaime les animaux. Premier constat de ma fuite. Jaime les animaux. Puis, je lai vu le Dead End, au moment où mes yeux se fermaient sur le volant. Au bout de la ligne pointillée, la fin de lautoroute, mes yeux se sont fermés. Et pour me sauver la vie, mon moteur aussi sest arrêté. Mon auto sest étouffé et sest échouée sur la voie daccotement. Jai rouvert les yeux, un peu paniqué, un peu mélangé. À quelques pas de là, il y avait une affiche de motel. Mon véhicule était éteint. Comme une promesse non tenue. Cest peut-être contagieux, le fait de simuler la vie. Je suis sorti sans prendre la peine de refermer ma porte et jai regardé laffiche du motel en métirant. Rouillé par lair de la mer comme si, à marée haute les vagues engouffraient le motel au complet. Une affiche de motel qui semblait servir plus de perchoir que de publicité. Un clan complet de mouettes me regardait sans bouger, pétrifié par la chaleur. Par la lumière trop forte. Surexposée. Une affiche brune rouille, blanche guano, rouge lettrage délavé par le soleil impudique. EDENS MOTEL WELC ME. Avec le O qui manque comme une gène. Comme un chromosome manquant. Jai laissé la porte ouverte et je my suis dirigé. Mon auto noir ressemblait à un cachalot mort sur le bord de lautoroute. Je me suis dirigé vers le motel.
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