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25/10/2000 |
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6ième partie Quelques
mois plus tard, un officier français admettrait (dans Le Nouvel
Observateur, 1er juillet 1999) : "Vous vous souvenez de ce petit
Kosovar de 10 ans, blessé, qui n'a pu sauver sa petite sur
des flammes ? Eh bien, son témoignage diffusé dans le monde
entier a valu plus que 50 divisions"
L'opinion, ça se travaille p.21-22, de Serge Halimi et Dominique Vidal, Agone Éditeur, 2000, Marseille. Tsavo
: Naozi a été retrouvé par Janvier. La photo
qu'il a prit avant d'aller prendre l'enfant est sensationel. Une grande
photo. Un prix Time Magazine. Boulversante de réalisme, d'humanité.
Une cuisine démolie. Une photo du dictateur, du leader politique
que l'on retrouve partout, dans toutes les dictatures, dans les autobus,
en haut des scènes de théâtres, dans les écoles,
les épiceries, les cinémas, les prisons. Et devant le portrait,
Naozi, 10 ans, les mains rouges, le regard ravageur d'accusation, la bouche
crispée, tendue. Petit adulte cerné par les cadavres décapités
de sa famille. Il ne disait pas un mot, ne poussait pas un cri, ne versait
pas une larme. Ces yeux affollaient. La photo a fait le tour de la planête,
a fait de Naozi le meilleur élément de la propagande, a
boulversé le cur des lignes téléphoniques et
des organismes de charités, et a justifiée l'effort de guerre
et les bombardements intensifs. Naozi est devenu célèbre.
Mais il est resté muet. La bouche crispée et les yeux ravageurs. Naozi
: Je ne parlerais pas. Je ne veux pas de musique sur ma tristesse,
de chanson thème à ma solitude, je ne veux pas de gros plan
sur mon cur marteau-piqueur. Je ne dirais plus un mot. Je ne serai
pas une arme de guerre. Je ne veux pas que ma famille soit un symbole,
je ne veux pas être dans les livres en dessous de laideur. Ils ne
sauront rien de moi. Je veux pouvoir oublier. Je m'en sortirai. Je ne
veux pas être célèbre, passer des interviews, répondre
aux questions pour le restant de mes jours, me voir muet de peur à
la télé à six heures lorsqu'on parle de mon pays,
je ne veux pas que ma photo soit aussi populaire que celle du président
de la guerre. Je ne veux pas être célèbre parce que
j'ai vu. Je ne suis pas une arme de guerre. J'oublie, je déforme
mes souvenirs, je joue avec le passé. Je ne voulais
pas qu'il me prènnent en photo avec les poupées. Tous, ils
me parlent tout le temps. Ils crient. J'aimerais bien qu'ils arrêtent
de crier.
À
suivre.
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commentaires ??? motelmurders lecabinet.com |