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19/09/2000 |
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1ère partie Tsovo : Il
était une fois Peter Beard, le cyclope au cur gros, le borge
à l'il ouvert. Les blancs de Manhattan ont toujours cru que
c'était un photographe. Les noirs d'Afrique, les Kikuyus, les Masaïs,
les Somaliens et les Souahélis ont toujours su que c'était
un éléphant. Fut une époque où il avait la
peau d'un homme, mais en 1972, lors du massacre au Tsovo, il est passé
au travers l'objectif de sa caméra obscura et il est devenu un
éléphant. Il est devenu en voie d'extinction. Il avait déjà
les défenses blanches comme une pellicule non-développée,
les oreilles satellites qui savent, et il avait la mémoire du futur.
La mémoire photographique propre à mon peuple. Moi je suis
un éléphant. Plutôt, j'en suis 30 000. J'ai la mémoire
émotive à fleur de peau. Je suis mort en 1972, dans le Tsovo,
au Kenya, à côté de Nairobi, à côté
des 30 000 cadavres secs et immenses des autres de mon troupeau. Depuis,
je suis un troupeau d'éléphants morts, déshydratés,
et mon fantôme voyage par le monde dans un capharnaum lourd et muet
pour les vivants. Je suis un troupeau d'éléphants à
moi tout seul. J'ai la mémoire comme une maladie, et c'est embêtant.
Je me souviens. Hier, en
1995, j'ai rencontré Jhon Smith à Srebrenica. Je suis parti
d'Afrique avant-hier, après le massacre parce que l'Afrique est
le berceau de l'homme et que j'étais fatigué de bercer.
Donc il y avait du bruit du côté de Srebrenica, comme un
souvenir laid. Comme un déjà vu. Je m'étais perdu,
et c'est drôle vous allez dire que je me sois perdu moi qui devrais
me rappeller du chemin, parce que j'ai la mémoire de 30 000 éléphants,
mais allez savoir, lorsqu'on a peur de se retrouver trompe à trompe,
défenses contre défenses avec la guerre, on espère
faire un mauvais tournant et on décide de se perdre. Mon ami Henri
qui n'est pas un neurologue mais un albatros m'a parlé des attitudes
que prennent les bateaux face à la tempête. Soit ils bordent
les voiles comme un enfant capricieux qu'on veut taire et ils attendent,
et ils espèrent, soit ils les ouvrent grandes, les voiles, l'imagination
et laissent la tempête les amener là où ça
lui chante. C'est comme ça qu'on découvre l'Amérique.
Moi, j'ai découvert Srebrenica, le sang chaud, les obus comme la
peste sans vaccin, et les familles éparpillées. L'horreur
encore. Et au milieu de tout ça, face au soleil qui doit quand
même se lever même s'il est rouge de honte, il y avait Jhon
Smith, le personnage principale du prochain spectacle HOTEL-MOTEL. À
la croix Rouge, là où Jhon Smith travaille, tous pensent
que c'est un brave type, un homme honnête, intègre. Mais
ce n'est pas un homme, c'est un pinguin. Un oiseau qui ne sait pas voler. Il était là avec son livre. Son livre d'images.
À
suivre. (La
semaine prochaine, Jhon Smith nous explique ce qu'il est allé faire
à Srebrenica). |
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commentaires ??? motelmurders lecabinet.com |