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29/08/2000 |
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Photoshoot. Et les images
sont de plus en plus percutantes. Et les photos sont de plus en plus osées.
GI Joe a les bras de plus en plus gros, Lolo Ferrarie a les seins de plus
en plus gonflés, et le Pet of the Month a les jambes de plus en
plus écartées. À quand l'annonce de ma mort dans
les journaux ? À quand ma photo sous la rubrique décès
? À quand le grand jour où j'apprendrai la dâte de
mon exposition et de ma crémation en page F-13 après la
section voyage ? À quand la fin du monde privatisée à
la télé, avant la météo, après la publicité
? Vive l'ère du grand Prozac Nationale. Les morts se décomposent,
le vrai sang coule, on monte le son, les morts explosent, le vrai sang
éclabousse, zoom in, fade out. C'est bon ça, écarte
bien, montre-nous tes entrailles, doggy style. N'importe
quoi. On nous passe n'importe quoi, et on ne réagit plus. On répond
au sondage, on est contre, on est dont contre. On traverse la rue. Mais on est
pas seul. Ce qui se passe à six heures ce n'est pas la nouvelle
production d'Oliver Stone. Les morts ne sont pas maquillés, ni
syndiqués. Le sang n'est pas un mélange de sirop de mais
et de colorant. Ce monde là existe. Ils sont 1 300 000 000 en Chine,
1 000 000 000 en Inde. Ils travaillent pour peu pour que nous on paye
peu. Et c'est la multinationale qui empoche. Ils sont là. Ils rêvent
en cinéma muet, peut-être, mais ils savent que nos stars
ont les seins plus gros que les leurs, que nos supermarchés sont
pleins. Ce ne sont pas des figurants, la guerre n'arrête pas à
la pause publicitaire. On ne comprend rien. On est ému, mais on
ne sait pas quoi faire, on ne sait pas quoi croire. On ne comprend plus
rien. On dit que le sénario des nouvelles n'est pas claire. Le
sénario n'est pas claire. On enfonce dans le sofa et dans le doute. Et si on
n'entend plus parler des balles et des lances roquets de Sierra Leone,
ce n'est pas par manque de budget, ni par vacance de la construction.
Les soldats ne sont pas en Day off, leur contrat n'est pas terminé
avec avantages sociaux, la CSST n'est pas débordé. La guerre
n'a pas fait faillite. La paix n'est pas en rabais. Si on entend plus
parler des treize guerres du monde, c'est que l'information est un vieux
char, qu'il faut la vendre. Tant que l'information sera un produit, on
ne pourra pas avoir une idée claire de ce qui se passe. L'information,
il faut la vendre, et celui qui la contrôle, contrôle ce que
pense les autres. Rien de nouveau sous le Daily Sun. Mais, on ne réagit
plus. On trouve ça normal. L'information, c'est un vieux char et
celui qui le conduit décide où on s'en va. Mais nous, tant
que ça roule pour nous, peut importe les autres autos, ça
fera moins d'embouteillage ! On est assit
dans nos salons petits mais propres, on regarde la guerre du golf, comme
une game de Space Invaders, avec le gros générique, la grosse
musique, les 2000 sorties par nuits, tous sur des sites militaires, ben
oui, 2000 sorties par nuits et les 7 morts et demi, on est désolé.
Les 400 000 Tutsies empaillés au Rwanda, on n'a rien fait. Pourquoi
? On ne sait pas. Pis après les 78 jours de bombardements sur le
parapluie de Saddam Hussein, les 2000 sorties par nuits tous sur des sites
militaires, la guerre est finie, fin de l'histoire, à la semaine
prochaine pour les nouvelles aventures de l'Otan ou de l'Onu, fier défenseurs
de la paix, la démocratie et toutes les autres valeurs chères
à la veuve et à l'orphelin. Sans peur et sans reproche,
regardez les journaux. C'est écrit. On n'y voit que du feu. Eux,
le feu, ils s'y brûlent. Ce qu'on ne voit jamais, c'est les milliers
de Chiites Irakiens encore entassés dans les camps iraniens 10
ans après la dernière bombe après que le dernier
puits de pétrole ait arrété de brûler pour
rien, et soit passé dans les mains des Américains. Dans
les camps de réfugiés en Iran, les journalistes n'y vont
pas. La guerre du golf, c'est de la vieille nouvelle, le golf maintenant,
c'est Tiger Woods. Le retour du modèle 1990, ce n'est pas payant,
il n'a même pas l'air climatisé. Le touriste n'aime pas.
Le lecteur est roi. La Publicité est dieu. Je pense donc je lis,
je lis et je relis le paragraphe, je recommence au début, je relis
et je n'agis pas. Regarde, après les nouvelles, il y a un film
de guerre mon amour, ça nous changera, nous on ne connaît
pas ça la guerre, c'est exotique la guerre, comme les palmiers
et les bordels de Bankok. La guerre chez moi a les doigts pleins d'encre. Nous ne sommes
pas seuls. De l'autre
côté de l'argent, de l'autre côté de l'abondance,
on sait tout ça. On sait l'Iran Gate, Le Zipper Gate, l'envahissement
de Grenade, du Nicaragua, de Panama, on sait la mort de Desmond Tutu,
de Stephen Biko, de Pierre Laporte. On sait tellement de choses, les choses
vont tellement vite, qu'on sait plus quoi croire, quoi lire dans la bible,
quel poste regarder, quel intellectuel écouter. Quel penseur est
réactionnaire, lequel est payé par le KGB, lequel est délateur
pour Walt Disney ? On ne sait plus trier l'information. On est submergé
par la surinformation morcellée. Il y en a qui disent que Pierre
Laporte aurait été tué par le gouvernement fédéral,
il y en a qui disent que le crak aurait été inventé
par la CIA pour que les ghettos noirs s'entretuent, il y en a qui disent
que Pinochet c'est une marque de briquet, que l'holocoste n'a jamais eu
lieu, que Battista était un pantin des États Unis, que Guevara
était gay, Stallone aussi, que ma mère est japonaise et
que Léwinsky n'a pas avalé. Il y en a qui disent. On ne
sait plus quoi croire. On est bombardé à en devenir insensible.
On se met de la crème solaire sur le cur, des lunettes anti-UV
pour regarder la télé. On écoute les sondages, on
donne à Centraide Oxfam, Monseigeur, Léger, Pops dans la
rue, au gars qui quête en faisant des rimes, à l'Itinéraire,
au Grand Antonio, le fort qui tire des Bus. On donne ce qu'on peut, c'est
tout ce qu'on peut faire. Parce qu'on ne comprend plus rien. Parce qu'on
ne sait pas quoi faire. Immunisé dès l'enfance, on s'arrête
sur l'autoroute pour voir l'accident et la tole déchiré,
mais lorsqu'elles sont attaquées dans les ruelles, on passe notre
chemin, on regarde ailleurs, on pense à autre chose, on change
de trottoir. Et on sait bien, quelque part, que c'est des pays au complet
qui se font attaquer dans les ruelles, pis que nos gouvernements braves
et libres, sans peurs et sans reproches y sont souvent pour quelque chose.
On Fond Monétaire Internationnale, comme un shylock qui casse les
deux jambes pour qu'un pays puisse bien se relever. Chez moi, la mort est un directeur de casting pour les nouvelles de 6 heures. Et l'info-pub ne vent pas des électroménagers. Mais, maintenant,
il y a le Prozac d'État, le lithium galaxique. La terre ne finit
pas aux frontières de l'Amérique. Il n'y a pas que l'Europe
de l'autre côté de l'océan. La misère ne s'arrête
pas à la pause publicitaire et le numéro chanceux ne rétablira
pas l'ordre monétaire international. Nous ne sommes pas seuls.
Ils sont là. We are not
alone. Et les autres ne sont pas des extraterrestres. Et le globe de verre
qui nous sert d'économie, est transparent. Notre pensé unique
les excite. Ils ne sont pas indifférents. Ils prostituent leurs
cultures pour avoir la recette de Coca-Cola, le secret de la Caramilk,
le charme de la Labatt Bleue et les seins de Lolo Ferrarie. Le radeau
de la méduse, c'est mon sofa. À 6 heures, tous les soirs,
c'est un rendez-vous. Les journaux nous parlent de l'injustice, de l'horreur,
de celle qu'ils veulent bien nous parler, de celle qu'ils peuvent bien
nous parler. On s'indigne un peu, mais pour nous faire réagir,
la photo doit être crue. La propagande et la surinformation sont
à la démocratie ce que la censure est à la dictature.
La population doit accepter les gestes de l'État. Mais l'opinion,
ça se travaille. Alors, on vend notre point de vue. Si les gens
voient une photo, c'est que c'est vrai. Alors on fait des photos. Dren
10 ans, sa famille morte et le paysage. L'afrique a le ventre ballonnée,
les mouches, la musique et un numéro pour faire des dons. Les hamburgers
de Harveys sont saignants, les larmes aux yeux et le fromage fondant. Ils vont
cloner l'humain, là-bas, en Angleterre, chez nos voisins avec leurs
reines sur nos "coins", sur nos "bills". Nous, on
ne réagit pas. On est devenu tablette. Comme la bière qu'on
boit. Les choses les plus salées ne nous font pas pétiller.
Prozac Internationnal Inc. |
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Des
commentaires ??? motelmurders lecabinet.com |