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14/08/2000 |
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Les chainstores de l'engagement. L'action
se passe dans un coffre d'auto. Le comédien est dans un sac de
couchage, les pieds coulés dans le ciment. Dans le noir on entend
le bruit régulier et monotone des roues qui sautent sur les joints
d'un pont. Je me sens
coïncé. Engagez-vous
qu'ils disaient
Depuis ce temps là, quand j'appelle, la ligne
est engagée. Et je me sens d'autant plus coïncé. Je
me sens les pieds coulés dans le ciment de la pensée unique,
enroulé dans le sleeping bag du confort bon marché, du bonheur
préfabriqué, pis quand j'essaye de parler, je sens le "tape"
noir de l'indifférence m'avaler la bouche. Et je sais que l'auto
qui me transporte sait où elle va, pis qu'elle y va à pleine
vitesse. Engagez-vous qu'ils disaient
Maintenant
je regarde autour, je regarde le vide hypothermique, la politique ambidextre
qui sait plus la différence entre sa gauche pis sa droite, je regarde
dehors pis je vois bien qu'il y a personne pour m'engager, que tout le
monde regarde sa télévalium, avec la même maudite
émission en fin de soirée quand on sait plus où sortir,
comment sortir, (pourquoi sortir anyway ?), fait qu'ils regardent la télévalium,
les info-politiquo-pub, pis ils attendent de s'endormir. Le paradis
est une banlieue, notre boulet c'est un gazon de 9 à 5 congés
payés, la liberté a pas besoin d'être réel,
elle est REER. Le monde n'est plus à changer, il est à vendre.
L'engagement, on le trouve aux chainstores qui nous gardent en chaines.
Là-bas, ils en font le commerce, de l'engagement. Les causes, ils
les vendent au poids. Taxable. C'est rendu un produit de déculpabilisation,
de déresponsabilisation. Ils en font la traite, comme des esclaves,
ils regardent les dents. 2 + 2 = 5, c'est dépassé, maintenant,
on laisse les autres compter, faudrait pas manquer l'émission.
Il nous reste la liberté de changer le poste. De toute
façon, tout le monde est toujours trop occupé, ils ont des
engagements. Il faut payer le loyer, le pay-per-view, les petites soirées,
les prostituées, on paye au mois, au poste, à l'heure, à
la pipe, c'est qu'on y tient, à notre liberté. Plus personne
veut se faire engager, on est tous sur le pay-role de la Société
Des Loisirs Inc. Oh Canada
! next state of America. As long as you pay, you can play. Panem et circem.
Les téléromans
ne finissent plus, l'espoir est à la loto ou au quizshow, l'amour
est un virus iloveyou.com, on fait du pouce sur l'autoroute électronique,
isolé, dans le vide total, devant un écran blanc, chacun
chez soi, en cellule dans nos cellulaires, en attendant notre liberté
55. Notre niveau de vie n'a qu'un seul rival, c'est notre taux de suicide.
On a plein de jouets, mais on joue seul. Et le monde tourne tellement
vite qu'on essaye plus de le comprendre. On regarde ailleurs. On attend
que ceux qui conduisent se décident à arrêter, à
ouvrir le coffre pour qu'on fasse le grand saut. Toi aussi
? Il faut rebrancher
notre ligne, s'engager, lire des livres compromettants, retourner manifester,
descendre dans la rue, crier ce qu'on pense, pas pour y croire, même
pas pour ceux dont on ne se souvient pas, mais pour nous. Retourner manifester
pour se manifester, fêter ou fesser, c'est au choix, pas contre
eux, mais pour nous, pour qu'on revienne dans nos cuisines moins seul,
pis que dans la cuisine de nos banlieues globales, on fasse l'amour avec
n'importe qui, mais qu'on fasse l'amour, avec une Lybienne, une Chinoise,
avec une Cubaine, sa salsa pis sa porno communiste, avec une Anglaise
même, surtout avec une Anglaise, pis qu'on y fasse des bébés,
des petits terroristes. Pis qu'eux, ils mettent les bombes que nous, on
est pas capable de mettre. Pour qu'on
soit pas tout seul dans nos cuisines à regarder le poêle
à gaz qui fuit vu qu'on l'a ouvert pis que le paquet d'allumette
est bin proche pis que le gaz, c'est inflammable, même celui de
Gaz Métropolitain. Il faut pas
garder ça en nous pis exploser. Il faut pas chuchoter que la vie
est sale pis avoir honte de pas être heureux, il faut pas penser
que vivre c'est écouter Canal Vie, y faut pas croire que le seul
changement possible chez nous, c'est l'indépendance, y faut pas
chuchoter que les US ont conquis le monde, qu'ils ont gagné la
guerre du Viet-Nam vu que le pays est encore une merde pleine de mines
qui n'attendent pas les traités pour péter, que les US ont
recyclé les SS de l'après-guerre pour qu'ils ayent continuer
leurs horreurs dans les cours d'écoles des amériques voisines,
faut pas envoyer nos enfants dans les garderies d'Oklahoma, il faut pas
refouler que l'espoir est un produit garanti un an seulement payable maintenant
avec intérêts composés, il ne faut pas croire à
la réincarnation pour se faire accroire que dans la prochaine vie
on sera heureux, qu'au prochain référendum on sera heureux,
il faut pas attendre d'avoir 55 ans pis un cancer pour être libre,
faut pas attendre les circulaires pour acheter l'amour, faut pas louer
notre cur à l'heure, faut pas se fermer comme une télé.
La vie est pas un quiz show, le monde est pas un supermarché. Pis
même si on est 6 milliards, on est pas obligé de l'être
seul. Il faut retourner
dans la rue parce que c'est là que sont les autres. Art
is a ring
Ce
monologue a été commandité par Play-Station, Pay-per-View,
Le Parti québécois, |
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commentaires ??? motelmurders lecabinet.com |