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L'abri.
(1ère chronique Bîly Küniènne)
Le bout de
l'histoire se fait attendre. Le générique de l'humanité
dépasse le bon sens et mon nom ne viendra pas accompagné.
L'émission en reprise est trop longue, la fin du monde est reportée
à demain pour cause de faillite du destin. Rien de bon à
la télé. Le futur est en solde, la tendresse est déménagée
de l'autre côté, les rénovations vont commencer, les
marteaux piqueurs sont plantés dans mon coeur. Trottoir fermé.

L'an deux mille passe comme un handicap. On peut vivre 8 jours sans bouffe,
3 jours sans eau, Combien de temps peut-on vivre seul ?
La télé est fermée. Le magasin est fermé.
Le trottoir, la lumière, mes poings, tout ça fermé
pour vacances d'été. Même le sommeil est en vacances
jusqu'à prochain ordre, comme un exil. Même l'amour est une
année bissextile. Le silence trop long incite au meutre. À
éviter. La prostitution n'est pas un succédané à
l'amour. Ma soirée restera une série noire, on y tue aux
minutes, on y viole, on y déserte, on collabore à tous les
instants. Le Pétainisme du cur a infiltré sa guestapo
dans mon bottin, les sirènes des raids ont la voix désagréable
de mon téléphone qui ne sonne pas. Je descends dans les
abris de mes illusions, dans la sécurité de mes rêves
mégaloboulimiques. Les bars où l'on s'accoude seul sont
des terrains minés à perpétuité. Les rencontres
sont anti-personnelles. Les soirées seules sont des crimes contre
l'humanité. Je déplore les promesses assexuées et
les décoltés stériles. J'implore ma main sous ta
jupe. Je réclame le vin et les soirées chaudes dans la cuisine
des résistants. Dans l'aquarium de banlieue où l'on ne me
nourrit pas, je vois mes yeux se déshydrater, victime des dysentries
lachrymales, de l'espoir subliminal. Mes poings sont fermés. Les
poissons tropicaux ont les ouies en minijupes. Il y a trop de place dans
mon bocale. Les petites trahisons aux seins de limon font de toi ma Radio-Londre.
Je t'écoute en cachette, avec mes 7 amis imaginaires, et nous parlons
de toi comme de la liberté. Tes petits seins, tes petits forfaits
soleils couleur caneberge au pied duquel tu vis ont cette odeur des aéroports
a ciel ouvert, aux palmiers maternels, aux sombreros ridicules. Le ridicule
ne tue pas. Tes petits gestes sont une île chaude après le
naufrage, tes 2 mamellons sont autant de sombreros qui empêchent
l'évaporation de l'eau stagnante de mon bocale trop grand. Tes
grains de beautés font ça en beauté. Ta table est
elle-même une destination soleil. Ton nez aussi. Tes pieds surtout.
La plus grande réserve d'eau potable prend naissance entre tes
jambes. Et tous tes passés boxeurs, tes oncles longitudiformes,
tes soirées confuses sous les autruches réinventent à
coup de courage le bonheur préfabriqué. On passe nos soirées
dans la terre où les autruches plantent leurs têtes pour
être à l'abris de la peur. On passe nos soirées à
l'abris de la peur. On passe nos soirées dans les abris. Dessine-moi
une marelle pour ta récréation, fais-moi un faux passeport
pour ta cour d'école, réinvente-moi mon age pour que je
puisse te regarder devant tes tableaux multicolores. Écris-y mon
nom, sur tes tableaux multicolores. Parle de moi quand tu parles d'espoir.
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