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Les chainstores de l'engagement.
L'action
se passe dans un coffre d'auto. Le comédien est dans un sac de
couchage, les pieds coulés dans le ciment.. Dans le noir on entend
le bruit régulier et monotone des roues qui sautent sur les joints
d'un pont.
On est né
avec une boite à lettre piégée sur la langue, avec
un coffre d'auto rouge sang du seul meurtre politique depuis que "je
me souviens", on a embrassé notre première blonde entre
un oui et un non, pis elle nous a laissés en disant "si je
vous comprends bien vous êtes en train de me dire à la prochaine
fois''. Venu l'age de faire des enfants, on s'est encore retrouvé
coincé entre un oui et un non, indécis, pis quand ça
c'est mal passé, on a blâmé ça sur l'autre,
sur les immigrés, sur ceux qui comprènnent pas quand je
parle contre eux, vu qu'ils parlent pas français, s'tu incroyable
ça comme ingratitude, il parle pas français and they steal
our jobs, eux qui viennent de toutes les guerres pis qui peuvent ben y
retourner vu que Le Québec aux québécois, fait que
ça doit-être de leurs faute. À eux pis à l'argent,
c'est toujours la faute à l'argent. Fait-qu'on pas eu de bébé,
mais on s'est pas séparé. Engagez-vous qu'ils disaient
Depuis ce
temps là, quand ils m'appellent, ma ligne est engagé.
Mais, maintenant je regarde autour, je regarde le vide hypothermique,
la politique ambidextre qui sait plus la différence entre sa gauche
et sa droite, je regarde dehors pis je vois bien qu'il y a personne pour
m'engager, je regarde ma télévalium, avec la même
maudite émission en fin de soirée quand je sais plus où
sortir, comment sortir, (pourquoi sortir anyway ?), fait que je regarde
la télévalium, les info-politiquo-pub, pis j'attends de
m'endormir.
Mon engagement est tablette, j'y mettrai même pas de sel pour qui
pétille.
Mon paradis est une banlieue, mon boulet c'est mon gazon de 9 à
5, congés payés, ma liberté a pas besoin d'être
réel, elle est REER. Le monde n'est plus à changer, il est
à vendre. Les chainstrores qui me gardent en chaines font le commerce
de l'engagement. Au poid. Taxable. Ils en font la traite, ils regardent
les dents. 2 + 2 = 5, c'est dépassé, maintenant, on laisse
les autres compter, nous y faudrait pas qu'on manque l'émission,
de toute façon on est libre de changer le poste.
Pis pourquoi descendre dans la rue, on est rendu tellement, je connaîtrai
personne, pis il y a tellement de monde que les autres ont du s'en occuper,
moi, je suis trop occupé de toute façon ça sert à
rien, de quoi on se plaint ? On est le pays avec le plus haut niveau de
vie, fais qu'on a pas de raison de se suicider, pis le fait que notre
si haut niveau de vie soit dépassé juste par notre taux
de suicide prouvent que ce monde-là ont rien à faire, pis
pourquoi il ne vont pas travailler ? de toute façon, moi, je ne
peux pas eux, je suis trop occupé.
Parce que pour être engagé, moi, je suis engagé, je
vais me marier, avec 1.6 chiens, piscine-tondeuze-laveuse-secheuse comprise,
tu comprends, il faut que je paye mon loyer, mon pay-per-view, mes petites
soirées, mes prostituées, je paye au mois, au poste, à
l'heure, à la pipe, j'y tiens moi, à ma liberté.
Plus personne veut se faire engager, on est tous sur le pay-role de la
Société Des Loisirs Inc.
Oh Canada ! next state of America. Vote for me and i'll set you free,
as long as you pay you can play.
Mon playstation
peut envoyer tes ogives sur la lune, mon amour est un ILOVEYOU.com virus,
je fais du pouce sur l'autoroute électronique, dans le vide total,
devant un écran blanc, en cellule dans mon cellulaire, en attendant
ma liberté 55.
Mais il y en aura toujours un qui ne pourra plus attendre la petite boule
55, le numéro extra à la loto, qui aura collé sa
langue sur son playstation, qui aura violé sa petite télé
couleur pis après, il l'aura lancé, le même qui voudra
plus payer son motel à l'heure, qui ne sais plus sa gauche de sa
droite, qui a appellé mais que la ligne était engagée,
qui aimait le Roquet mais qui sait qu'on meurt seul, fait-que lui aussi
il va vouloir la faire, la une, lui aussi, toute la une, pendant une semaine
en plus, lui qu'on avait oublié, pis c'était quoi déjà
son nom ? c'est la faute du vote ethnique, fais qu'il sort ses jouets,
ses pistolets, y visite la polytechnique pis il se fait enlever l'épine
du pied. All work and no play makes Jack a dull boy. Bang Bang Bang Lucky
Luke. Il se fait enlever l'épine du pied. 15 minutes de célébrité.
Fait que
je dis oui, il faut manifester, c'est pas tout de se suicider.
Même si le government regarde ailleurs, même si ça
changera rien de manifester. Il faut manifester. Pas pour crier des slogans
comme Le Québec au Québécois, because le vote ethnique
and anyway they steal our job,
pas pour crier Le Québec est aux hors la loi, sauf la loi 101,
pas pour la loi 101, comme dans faschisme 101 pas de prérequis,
pas pour mandier un peu de respect, un peu de dignité, à
genoux comme dans les marches de l'oratoire, pas pour se plaindre,
pas pour se dire qu'il y en a qui ont tout pis que toute les autres ont
rien même si finalement c'est nous qui ont tout pis ceux qui on
chaud qui ont rien, pis qu'ils ont rien parce nous on a des forfaits soleils,
des forfaits soleils à perpétuité, des forfaits soleils
comme une peine de mort... pas pour eux, pas pour changer le gouvernement,
même pas pour changer le monde comme un poste i switch the world
on channel 6, pas pour leurs dire qu'on existe,
mais pour se le dire à nous qu'on existe.
Pour se dire toi aussi tu vomis la nuit ? Toi aussi tu te sens dans un
sac de couchage, les pieds dans le ciment, dans le coffre d'une auto,
dans un embouteillage sur un pont plein d'autos avec elles-aussi, des
coffres pleins, avec des plaques "Je me souviens" ? Toi aussi
tu ne te souviens de rien, au coin de Papineau De Lormier ? Toi aussi,
tu penses à augmenter les statistique déjà haute?
Pis je parle pas de la hauteur du niveau de vie mais de la hauteur des
buildings qui font de l'ombre, pis d'où l'on se lance. Toi aussi
?
Il faut rebrancher notre ligne, s'engager, lire des livres compromettants,
retourner manifester, descendre dans la rue, crier ce qu'on pense, pas
pour y croire, même pas pour ceux dont on ne se souviens pas, mais
pour nous. Retourner manifester pour se manifester, fêter ou fesser,
c'est au choix, pas contre eux, mais pour nous, pour qu'on revienne dans
nos cuisines moins seul, pis que dans la cuisine de nos banlieue globale,
on fasse l'amour avec n'importe qui, mais qu'on fasse l'amour, avec une
Lybienne, une Chinoise, avec une Cubaine, sa salsa et sa porno communiste,
avec une Anglaise même, surtout avec une Anglaise, pis qu'on y fasse
des bébé, des petits terroristes.
Pour qu'on soit pas tout seul dans nos cuisines à regarder le poelle
a gaz qui fuit vu qu'on l'a ouvert pis que le paquet d'allumette est bin
proche pis que le gaz, c'est inflammable, même celui de Gaz Métropolitain.
Il faut pas garder ça en nous pis exploser. Il faut pas chuchoter
que la vie est sale pis avoir honte de ne pas être heureux, y faut
pas chuchoter que les US ont conquis le monde, qu'ils ont gagné
la guerre du Viet-Nam vu que le pays est encore une merde pleine de mines
qui n'attendent pas les traités pour peter, que les US ont recyclé
les SS pour aller continuer leurs horreurs dans les cours d'écoles
des amériques voisines, faut pas envoyer nos enfants dans les garderies
d'Oklahoma, il faut pas refouler que l'espoir est un produit garanti un
an seulement payable maintenant avec intérets composés,
il ne faut pas croire à la réincarnation pour se faire accroire
que dans la prochaine vie on sera heureux qu'au prochain référendum
on sera heureux, il faut pas attendre d'avoir 55 ans pis un cancer pour
être libre, faut pas attendre les circulaire pour acheter l'amour,
faut pas louer notre cur à l'heure, faut pas se fermer comme
une télé. La vie est pas un quiz show, le monde est pas
un supermarché. Pis même si on est 6 milliards, on est pas
obligé de l'être seul.
Il faut retourner
dans la rue parce que c'est là que sont les autres.
Parce que peut-être un jour au lieu de se suicider, il va falloir
apprendre à mettre des bombes.
Streets cross
borders
Stages are tanks
Books are bombs
Screens are mine fields
Poems are riffles
Paintings are treasure maps
Songs are true
beauty can make you free
sex is free, hope is free.
And if you
are hungry
The chainstores are full of food
So go, take it
And eat.
Happy
End
Ce monologue a été commandité par
Play-Station, Pay-per-Wiew, Le Parti Québécois, OXFAM Québec,
Les Marchés Provigo, Coca-Cola, par la maison maire de la Banque
de Montréal situé à Toronto, et bien sur par Gaz
Métropolitain.
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